Des journalistes asiatiques documentent les conséquences du conflit frontalier sur les communautés cambodgiennes
AKP Phnom Penh, le 30 août 2025 --
Une délégation de journalistes asiatiques a conclu une mission de cinq jours à la frontière entre le Cambodge et la Thaïlande, recueillant des témoignages et des preuves des impacts du conflit sur les populations civiles.
L'équipe, composée de reporters de Chine, de Singapour, d'Indonésie, de Malaisie, du Vietnam et du Cambodge, s'est rendue dans plusieurs provinces pour documenter la situation sur le terrain.
Cette mission a été lancée pour contrer ce que certains responsables et habitants locaux ont qualifié de reportages biaisés de médias étrangers, qui avaient précédemment accusé les forces cambodgiennes d'avoir déclenché les hostilités. L'enquête sur place des journalistes visait à fournir un compte rendu complet et factuel du conflit, qui a débuté le 28 mai 2025.
Le premier jour de leur mission, les journalistes se sont rendus de Siem Reap au camp de personnes déplacées de Wat Po 5000, dans la province de Preah Vihear. Ils ont observé le quotidien des familles ayant fui les récents affrontements armés et ont interrogé les autorités locales et les civils déplacés.
La deuxième journée de la délégation s'est concentrée sur la province d'Oddâr Meanchey, où ils ont inspecté des sites touchés par les bombardements thaïlandais. Dans le village de Pa Ong, ils ont documenté les dégâts causés aux habitations, aux abris et à une station-service par des tirs d'artillerie de 105 mm, 127 mm et 155 mm. Dans le village de Thmâr Daun, l'équipe a observé les restes d'une bombe massive MK-84, pesant plus d'une tonne, qui aurait été larguée par un avion de chasse thaïlandais F-16 sur une zone résidentielle.
Les journalistes ont également visité un site bouddhiste sacré, Wat Tamone Sen Chey, détruit par les bombardements. L'attaque a tragiquement coûté la vie à un religieux lorsque la salle du temple s'est effondrée. L'équipe a en plus inspecté un centre de santé, une école et un abri temporaire à proximité, tous endommagés lors des combats.
Au cours de la visite, Heng Ratana, directeur général du Centre d’action contre les mines (CMAC), a informé les journalistes de la menace posée par les munitions non explosées (UXO) et les résidus chimiques, et a présenté les efforts de déminage de l'organisation.
La mission de la délégation les a également conduits dans la province de Banteay Meanchey, où ils ont documenté des violations présumées commises par la Thaïlande, même après le cessez-le-feu officiel du 28 juillet 2025.
Oum Reatrey, gouverneur de Banteay Meanchey, a accueilli les journalistes et présenté les preuves de ces violations. Le gouverneur a souligné de multiples incidents, notamment l'expulsion forcée de villageois cambodgiens de leurs foyers. Il a rappelé que le 25 août dernier, des soldats thaïlandais avaient tenté de s'emparer de plantations de canne à sucre, mais s'étaient retirés face à la résistance pacifique des habitants.
Le gouverneur a, en outre, détaillé deux autres incidents : le 12 août, six familles (22 personnes au total, dont des personnes âgées, des femmes et des enfants) du village de Chork Chey ont été empêchées de rentrer chez elles après le cessez-le-feu et sont toujours déplacées ; le 13 août, six familles du village de Prey Chan ont été expulsées de force de leurs maisons et de leurs fermes. Six autres familles ont perdu leurs terres agricoles.
Ces actions constituent, a affirmé le gouverneur, une violation directe des conclusions de la réunion du Comité général des frontières (GBC) Cambodge-Thaïlande, qui s'est tenue en Malaisie du 4 au 7 août 2025, et qui visait à réaffirmer le cessez-le-feu et à reprendre le dialogue.
Les affrontements armés qui ont duré cinq jours ont déplacé plus de 50 000 familles cambodgiennes, soit près de 200 000 personnes, dont une majorité de femmes, d'enfants, de personnes âgées et de personnes handicapées.
Elles sont actuellement hébergées dans 185 zones sécurisées réparties dans les provinces de Banteay Meanchey, Preah Vihear, Siem Reap et Pursat.





Par C. Nika


