Le ministre de l’Information : les escroqueries en ligne ne doivent pas servir à masquer les questions de souveraineté du Cambodge
AKP Phnom Penh, le 7 septembre 2026 --
Le ministre de l’Information, Neth Pheaktra, a appelé la Thaïlande à répondre aux questions fondamentales relatives à la souveraineté territoriale avant d’aborder les activités de « vérification des faits » concernant les opérations d’escroquerie en ligne dans les zones frontalières.
Dans un message publié cet après-midi sur sa page Facebook, le ministre a déclaré qu’avant d’examiner des bâtiments, documents, ordinateurs ou autres matériels prétendument liés aux escroqueries en ligne, les journalistes et autres parties concernées devraient d’abord déterminer sur quel territoire se trouvent ces lieux, ainsi que quand et comment les forces thaïlandaises en ont pris le contrôle.
Ces déclarations interviennent alors que la Thaïlande prévoyait d’emmener des membres de l’Équipe des observateurs de l’ASEAN, ainsi que des journalistes thaïlandais et internationaux, dans des zones frontalières, notamment aux environs du point de passage O’ Smach–Choam, le 7 septembre, afin de leur permettre d’observer directement la situation et de vérifier les faits de manière indépendante.
Neth Pheaktra a souligné qu’une vérification professionnelle des faits ne devrait pas porter uniquement sur ce qui est présenté sur un site donné, mais également sur sa localisation géographique, ses coordonnées, les cartes, traités et documents frontaliers, la situation avant les combats et le fondement juridique de la présence de forces étrangères.
Concernant O’ Smach, il a indiqué que le Cambodge a maintes fois affirmé que les zones actuellement contrôlées par les forces thaïlandaises se trouvent sur le territoire cambodgien et a officiellement protesté contre l’entrée de forces thaïlandaises ainsi que contre l’introduction de responsables, attachés militaires étrangers et journalistes dans ces zones sans l’autorisation du Cambodge.
Le ministre a affirmé que la présence militaire, le fait de hisser un drapeau national ou le contrôle effectif exercé par la force ne peuvent à eux seuls établir la souveraineté ni remplacer les cartes, traités, documents frontaliers et autres fondements juridiques définissant le territoire d’un État.
Neth Pheaktra a également précisé que le Cambodge ne protège pas les opérations d’escroquerie en ligne et reste fermement opposé à ces crimes, qui doivent être combattus par l’application de la loi, la coopération policière, le partage de renseignements, l’entraide judiciaire, les arrestations, les extraditions et d’autres mécanismes internationaux établis.
Il a toutefois insisté sur le fait que la lutte contre les escroqueries en ligne et le règlement des questions de souveraineté des États sont deux affaires distinctes. « La suspicion d’une activité criminelle sur le territoire d’un État ne donne pas aux forces d’un autre État le droit d’entrer, d’occuper ou d’exercer unilatéralement leur autorité sur ce territoire », a-t-il déclaré.
Le ministre s’est en outre demandé si les escroqueries en ligne n’étaient pas utilisées a posteriori pour justifier la présence et le contrôle des forces thaïlandaises dans des zones que le Cambodge affirme avoir été prises par une action militaire. Il a estimé qu’une vérification crédible des faits devait examiner la chronologie des événements plutôt que de se concentrer uniquement sur les matériels présentés lors d’une visite organisée par une seule partie.
Neth Pheaktra a rappelé que, le 2 février 2026, le Cambodge avait vivement protesté contre l’acheminement par la Thaïlande d’attachés militaires étrangers et de responsables des forces de l’ordre dans deux hôtels à O’ Smach. Selon le ministère cambodgien des Affaires étrangères, ces lieux se trouvent à environ 397 m du point de contrôle international d’O’ Smach et à proximité de la borne frontière No. 15, et avaient été placés sous contrôle militaire thaïlandais lors des combats de décembre 2025.
Le Cambodge a ensuite protesté contre le placement de conteneurs bloquant les routes, la construction de routes, l’installation de barbelés, les travaux de terrassement et d’autres infrastructures dans la zone d’O’ Smach, ainsi que contre le fait de hisser le drapeau thaïlandais et d’y faire venir des journalistes thaïlandais et étrangers sans autorisation cambodgienne. Le ministre a aussi cité une déclaration du ministère de l’Information du 30 juin, selon laquelle l’entrée de journalistes étrangers à O’ Smach sous l’égide de la partie thaïlandaise ne pouvait conférer aucune autorité ni souveraineté sur cette zone.
Neth Pheaktra a conclu que les journalistes devraient vérifier non seulement ce qu’ils voient à l’intérieur d’un bâtiment, mais aussi où ils se trouvent, qui les y a conduits et sur quelle base juridique repose la présence de la partie contrôlant le lieu. Il a souligné que faire venir des journalistes sur un site ne peut créer de souveraineté, que le contrôle exercé par la force ne peut redessiner une frontière internationale et que les escroqueries en ligne ne doivent pas servir, après coup, à justifier l’occupation illégale d’un territoire par la force.


Par C. Nika





